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vendredi 26 juin 2009

Demian.


Je fus considéré comme un sournois et un original peu agréable. Ce rôle me plut. Je l'exagérai encore et me réfugiai dans une solitude boudeuse qui, extérieurement, pouvait être prise pour un mâle mépris du monde, tandis que, au fond, j'étais sujet à des accès de mélancolie et de désespoir qui me rongaient.

Herman Hesse.

samedi 20 juin 2009

Le verre d'eau

Le mot VERRE D'EAU serait en quelque sorte adéquat à l'objet qu'il désigne… Commençant par un V, finissant par un U, les deux seules lettres en forme de vase ou de verre. Par ailleurs, j'aime assez que dans VERRE, après la forme (donnée par V), soit donnée la matière par les deux syllabes ER RE, parfaitement symétriques comme si, placées de part et d'autre de la paroi du verre, l'une à l'intérieur, l'autre à l'extérieur, elles se reflétaient l'une en l'autre.

Francis Ponge, Le Grand Recueil.

dimanche 8 février 2009

Le Loup des Steppes.

Lorsque je n’ai plus ressenti ni joie ni douleur pendant un certain temps et que j’ai goûté à la médiocrité insipide de ces journées prétendument agréables, mon âme naïve est agitée par une souffrance et une détresse particulièrement violentes. […] Je sens brûler en moi un désir sauvage d’éprouver des sentiments intenses, des sensations ; une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et stérile ; une envie furieuse de détruire quelque chose, un grand magasin, par exemple, une cathédrale, ou moi-même ; une envie de commettre des actes absurdes et téméraires, …

Hermann Hesse.



mardi 21 octobre 2008

Patrick Süskind, le Pigeon.

Si l'on était privé de cette liberté-là, de cette liberté fondamentale qui consiste à se retirer à l'écart des autres quand le besoin vous presse, alors, toutes les autres libertés étaient sans valeur. Alors, la vie n'avait plus de sens. Alors, mieux valait être mort.
Lorsque Jonathan eut ainsi compris que l'essence de la liberté humaine consistait en la jouissance d'un W.-C. à l'étage et qu'il jouissait, lui, de cette liberté essentielle, il fut envahi d'un sentiment de profonde satisfaction. Oui, il avait eu raison d'organiser sa vie ainsi ! Il menait là une existence intégralement réussie.

vendredi 19 septembre 2008

Le dictionnaire des idées reçues, Flaubert.

Il y a à parier que toute idée publique, tout convention reçue, est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre.

Chamfort, Maximes.


A
Achille : Ajouter "aux pieds légers" ; cela porte à croire qu'on a lu Homère.
Architecture : Il n'y a que quatre ordres d'architecture. Bien entendu, on ne compte pas l'égyptien, le cyclopéen, l'assyrien, l'indien, le chinois, gothique, roman, etc.
Argent : Le dieu du jour (ne pas confondre avec Apollon). Les ministres le nomment : traitement. Les notaires : émoluments. Les médecins : honoraires. Les employés : appointements. Les ouvriers : salaire. Les domestiques : gages.

B
Bâillement : Dites : "Excusez-moi ; ça ne vient pas d'ennui, mais de l'estomac."

C
Cérumen : "Cire humaine" ; se garder de l'ôter parce qu'elle empêche les insectes d'entrer dans les oreilles.
Châtaigne : Femelle du marron.
Clarinette : En jouer rend aveugle. Ex : tous les aveugles jouent de la clarinette.

D
Dératé : "Courir comme un dératé". (Inutile de savoir que l'extirpation de la rate n'a jamais été pratiquée sur l'homme.)
Divorce : Si Napoléon n'avait pas divorcé avec Joséphine, il serait encore sur le trône.

E
Echafaud : S'arranger quand on y monte pour prononcer quelques paroles éloquentes avant de mourir.
Evidence : Vous aveugle, quand elle ne vous crève pas les yeux.

H
Haschich : Ne pas confondre avec "hachis" qui se fait avec de la viande, et qui ne provoque aucune extase voluptueuse.
Hostilité : Les hostilités sont comme les huîtres, on les ouvre. "Les hostilités sont ouvertes !", il semble qu'il n'y a plus qu'à se mettre à table.
Hydre : Hydre de l'anarchie. Du socialisme. Et ainsi de suite pour tous les systèmes qui font peur.

I
Illisible : Une ordonnance de médecin n'est efficace que si elle est "illisible". Toute signature officielle doit être illisible ; de même pour les particuliers. Cela indique qu'on est accablé de correspondance.
Imbéciles : Tous ceux qui ne pensent pas comme vous.

M
Macadam : Le macadam a supprimé les révolutions parce qu'il n'y a plus de pavés pour faire les barricades.
Machiavélisme : Mot violent et terrible qu'on ne doit prononcer qu'en frissonnant.
Mercure : Tue la maladie et le malade.
Musicien : Le propre du véritable musicien, c'est de ne composer aucune musique, de ne jouer d'aucun instrument et de mépriser les virtuoses.

O
Oméga : Deuxième lettre de l'alphabet grec, puisqu'on dit l'alpha et l'oméga.
Orchestre : Image de la société : chacun fait sa partie et il y a un chef.

T
Terre : Dire "les quatre coins de la Terre", puisqu'elle est ronde.

V
Vieillard : A propos d'une inondation, d'un orage, etc., les vieillards du pays ne se rappellent jamais en avoir vu un semblable.
Visage : "Miroir de l'âme", alors il y a des gens qui ont l'âme bien laide.




Et en prime, une photo de l'île d'Elbe !

mercredi 25 juin 2008

A voir/lire/entendre.


1)
Petits meurtres entre amis de Danny Boyle.

J'ai vu pas mal de films ces derniers jours, mais là, ça dépasse tout. Petits meurtres entre amis ou comment se faire plaisir. C'est plutôt violent, sanglant, amoral et rempli d'humour (noir bien sûr). La fin est vraiment très surprenante. La musique est comme il faut. Souvent rapide et stressante, elle colle tout à fait au rythme du film. Il dure à peine une heure et demie. Et c'est d'enfer. J'ai adoré certains plans. Je sais pas comment il a réussi à placer sa caméra, mais c'est superbe.

2) L'attentat de Yasmina Khadra.

Je l'ai à peine commencé hier que je l'ai déjà presque fini. C'est un truc de malade. Quel style. Pour l'instant, je n'ai réussi à trouver que quelques répétitions. Il utilise par exemple deux fois le verbe "tancer" à 8/9 pages d'intervalle. Cet auteur me laisse sur le cul. La claque. Que celui qui pense encore que les Algériens n'ont toujours pas de vrais grands Auteurs lise ce livre. Il choisit ces mots : la forme est soignée, le vocabulaire recherché. J'ai appris, par exemple, ce que voulait dire "remugle". (Pas facile à placer dans une conversation, j'avoue.) Mais attention, n'allez pas croire que c'est abscons. Pas du tout. C'est tout à fait accessible. Et ça ne s'arrête pas là. Le fond, l'intrigue est complètement à la hauteur. C'est passionnant. Imaginez-vous fils de bédouin résidant en Israël, homme respectable (mais déjà pas tout à fait respecté à cause de vos origines arabes), chirurgien reconnu, confortablement installé dans la bourgeoisie locale. Lorsque tout bascula. Un attentat a eu lieu. On vous amène des tas de patients. Ils sont en lambeaux. Vous faites votre possible. Et puis au milieu de ce vacarme assourdissant, de tout ce tumulte, on finit par vous apprendre que le kamikaze (arabe) responsable de ce massacre ne vous est pas si inconnu... Et là, reviennent ces questions : connaît-on vraiment les gens que l'on côtoie ? Peut-on passer sa vie au côté d'un étranger ? C'est un livre éblouissant.

3) Un peu de musique pour finir.




lundi 23 juin 2008

Brèves du lundi soir.

1) Findlay Brown.

Findlay Brown - Losing The Will To Survive



Findlay Brown par Bayon, Libé. (Ceux qui ont assisté aux conférences zévaquiennes de M. Peretti devraient se souvenir de ce monsieur Bayon.) Et puis, parce qu'il n'y a que dans Libé qu'on peut débuter un article comme ça : Le spleen de ce néofolksinger psychédélique anglais nous balade dans des sixties de fantaisie. Du démodé new look. L’artiste presleyien, en veine de confidences... Il est un peu étrange ce journaliste. Un bobo déjanté ?

2) The Frank & Walters - After All



3) LOL.

mercredi 11 juin 2008

La Grèce, « c'est beaucoup de rois et de chèvres éparpillés sur du marbre ».

La guerre de Troie n'aura pas lieu, Jean Giraudoux.

samedi 7 juin 2008

A l'Euro 2008


Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l'honneur minuscule d'être les champions de la balle au pied. Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.

Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester publiquement sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?

Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ca ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper.

Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal. On me disait : « Ah, la fille ! » ou bien : « Tiens, il est malade », tellement l'idée d'anormalité est solidement solidaire de la non-footballité. Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celles des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades.


Pierre Desproges.

Chronique de la haine ordinaire du 16 juin 1986.



mercredi 14 mai 2008

Rimbaud à 14 ans écrivait : TV VATES ERIS.

Tu seras devin. Tu seras poète.

14 ans.

dimanche 11 mai 2008

Diogène, le Cynique.

Oui, il est très tard (ou très tôt), je sais, mais je pensais à Diogène tout d’un coup. Il m’amuse, il me plaît. (A savoir que « cynique » veut dire « chien » littéralement.)

Il prônait l’anthropophagie, la liberté sexuelle totale, l’indifférence à la sépulture, l’égalité entre hommes et femmes, la négation du sacré, la remise en cause de la cité et de ses lois, la suppression des armes et de la monnaie. Il considérait l'amour comme étant absurde : on ne devait s'attacher à personne. Il préconisait que les femmes appartiennent à tous, que les enfants sont un bien commun de la société, que chacun prît son plaisir avec qui il veut, sans se soucier des convenances ou du préjugé de l'inceste.


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Apercevant un jour, devant le temple de Zeus, une femme en prière, prosternée dans une posture inconvenante, Diogène s'approcha d'elle et lui dit doucement : « Ne crains-tu pas ma fille que le dieu que tu pries ne profite de la situation et ne vienne sans scrupule t'embrocher par derrière, puisqu'il est tout puissant ? »

Interrogé sur la manière d'éviter la « tentation de la chair », Diogène répondit que c'était en se masturbant. « Ah si on pouvait faire disparaître la faim en se frottant le ventre ! »

Le rencontrant dans une rue d'Athènes, en plein jour, une lanterne allumée à la main, on lui demanda : « Que cherches-tu, Diogène ? » « Un homme. »

Un jour, il demandait l'aumône à une statue. Comme on l'interrogeait sur la raison qui le poussait à agir ainsi : « Je m'exerce, dit-il, à essuyer des échecs ».

« La richesse c'est la vomissure de la fortune. »

Au fils d'une prostituée qui jetait des pierres sur la foule rassemblée sur une place, il conseille : « Prends garde de ne pas blesser ton père ».

A Corinthe, Alexandre à qui l'on présentait le célèbre clochard-philosophe, lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai ». Et Diogène de rétorquer : « Ôte-toi de mon soleil ».

De Diogène, on retient aussi sa mort : il serait décédé des suites de l'ingestion d'un poulpe cru.
Avant de mourir, il avait demandé qu'on laissât son corps sans sépulture pour que les chiens puissent y choisir leur morceau et qu'au moins - si on tenait absolument à le mettre dans une fosse - on le recouvrît seulement d'un peu de poussière pour le laisser jouir de la rosée nocturne et de la splendeur des étoiles. Corinthe lui fit des funérailles solennelles, Sinope [la ville dont il est originaire] lui éleva un monument.

mardi 29 avril 2008

« Un peu d'insomnie n'est pas inutile pour apprécier le sommeil. » M. Proust




mercredi 23 avril 2008

MIAM!

« Les femmes des personnages en vue, quand elles meurent, ne sont pas aussitôt données pour l'embaumement, non plus que les femmes qui sont très belles et celles qui étaient en grande considération ; c'est quand elles sont mortes depuis deux ou trois jours, c'est alors qu'on les remet aux embaumeurs. Si l'on agit de la sorte, c'est pour empêcher que les embaumeurs ne s'unissent à ces femmes ; car on dit que l'un d'eux fut surpris comme il s'unissait au cadavre d'une femme morte tout récemment, sur la dénonciation d'un sien confrère. »


Hérodote, Histoires, livre 2.

dimanche 20 avril 2008

Twice!